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ÉCRITS BIOGRAPHIQUES DE MARC JOUVENET

Extraits

… d’une rubrique de dictionnaire biographique consacrée à un ancien résistant

[…] Son beau-père fut arrêté et déporté en 1941. Pour épargner d’excessifs dangers à sa mère et ses jeunes demi-sœur et frère, il fut envoyé à Lyon en 1942 […]. Il y renoua avec la Résistance, se distinguant d’abord par la réquisition, pour le compte des FTP, d’une machine ronéo flambant neuf dans une administration vichyste. Il fut ensuite chargé pendant deux ans de l’imprimerie clandestine des organisations proches du Parti communiste, où il publiait l’Humanité, la Vie Ouvrière, l’Avant-Garde, Fraternité et Clarté (organes du Mouvement National contre le Racisme), quantité de tracts et documents des organisations de Résistance, y compris à l’occasion pour la résistance gaulliste, et également un grand nombre en langue allemande à destination des troupes d’occupation, appelant à la désertion et au sabotage de la machine de guerre. […] Les 24, 25 et 26 août 1944, il fut l’un des dirigeants de l’insurrection de Villeurbanne, puis « commissaire politique » lors des combats de Vénissieux. Il connut alors, à la Libération, une dure période de dépression, consécutive à ces quatre années de clandestinité et de danger, avec le sentiment que les jeunes étaient désormais mis sur la touche. […]

… d’un article biographique publié dans une revue scientifique

[…] Intimidée, elle voit le grand homme qui causait avec Éluard et Picasso se tourner vers elle et la prévenir qu’elle allait avoir à accompagner le poète dans une série de conférences. De celui-ci, elle évoque un souvenir très chaleureux, au contraire de l’autre grand lettré communiste, Aragon, pour qui elle ne comptait pas parmi les familiers – Elsa Triolet, en revanche, se serait passablement intéressée à elle, sur le mode d’une certaine rivalité –, mais qui lui permet incidemment de confirmer sa proximité avec C…, puisqu’il lui arrivait de l’accompagner s’il avait à passer rue de la Sourdière. En 1950-1951, leur intimité se confirme à la faveur de leurs obligations respectives à Melun, lui comme député, elle comme enseignante. Elle profite parfois de sa voiture et son chauffeur pour se faire raccompagner à Paris, et au moins une fois, ils s’arrêtent en route pour une promenade en forêt de Sénart, l’éminent dirigeant lui confiant alors son inquiétude quant à son propre destin après le départ pour Moscou de M… malade. […]

… d’une thèse consacrée à un dirigeant politique du XXe siècle

[…] On retrouve cette tendance à la gloriole, ou au panache, ajoutée au désir d’inspirer la sympathie et au bonheur de susciter des mouvements de masse ; cette fierté aussi de savoir se faire respecter par des adversaires, surtout des militaires. L’un d’eux pourtant, son capitaine d’escadron S…, celui qu’il tenait pour responsable de ses deux mois de prison régimentaire et de rabiot, a pâti de sa rancœur. Dès l’année suivante, alors que G… rendu à la vie civile s’occupe de la rédaction du journal antimilitariste La Caserne, il est une des cibles de la campagne de dénigrement des officiers dénoncés et moqués dans des articles et le « concours des gueules de vaches ». […] La vengeance a porté, puisque le rapport de son colonel pour l’année 1926 décrit le capitaine comme « très affecté moralement et physiquement par une odieuse campagne de presse menée contre lui » […], alors que son général de brigade l’estime « vieilli et fatigué ». Il est vrai que, âgé de 52 ans, le capitaine était alors tout proche de la retraite. Mais cet officier déprimé était jusqu’alors décrit comme un « homme de devoir, de caractère droit et énergique » […]. Au demeurant, officier sorti du rang, Bourguignon, ce gradé exemplaire n’est pas sans présenter certains traits de ressemblance avec son dénonciateur, jusqu’aux avanies subies en fin de carrière […].

[…] Le déménagement de la place de la République, en juillet 1973, constitue un autre changement significatif. […] Soit que sa position diminuée ne lui en accorde plus le privilège, soit qu’il aspire avec son épouse à un train de vie moins exposé, soit que le nombre de pièces leur paraisse excessif depuis que les enfants se sont mis en ménage, F… et G… s’installent dans un appartement plus modeste, dont ils paient eux-mêmes le loyer. Sis au premier étage d’un bel immeuble haussmannien face au parc des Buttes Chaumont, le logement reste digne d’une famille bourgeoise aisée, et il permet à G… de se rendre à pied à son lieu de travail habituel. Comme il le faisait place de la République, mais moins systématiquement, il aime à se mêler aux militants du quartier, aller bavarder avec les vendeurs de l’Huma-dimanche au coin de la rue de Meaux et de l’avenue Secrétan, entre le marché couvert et le grand cinéma du 19e arrondissement. […]

… d’un ouvrage collectif rassemblant des textes d’universitaires et de témoins

[…] La section serait donc enfin dotée, en 1955, d’un dirigeant pleinement investi et supposément compétent. Disposant aussi d’une totale confiance du secrétaire général, dont G… est toujours apparu comme l’homme lige depuis […] 1931. Vers l’échelon subalterne, G… semble aussi en bons termes avec M…, qu’il connaît depuis ses débuts dans les années 20. D’autres qualités lui sont généralement reconnues, outre sa faculté à s’entendre avec tous : sa capacité à organiser le travail d’équipe, à former de jeunes cadres, à faire preuve d’un remarquable courage physique. Son autorité, enfin, qui n’est pas seulement celle attachée à un membre du directoire, mais qu’il a démontrée à des postes importants, à la tête de structures nombreuses et parfois turbulentes. […]

… d’une monographie de localité de la région parisienne

[…] Cependant les habitants les plus importants du lieu, au XIIIe siècle, étaient les templiers. N’imaginons pas la commanderie peuplée d’une troupe de chevaliers au manteau blanc brodé de la croix rouge. Quatre templiers au maximum géraient une commanderie, et c’étaient souvent de simples sergents, y compris le commandeur, roturiers de naissance, qui portaient le manteau brun. Le seul « commandeur de Savigny » dont le nom nous soit connu s’appelait frère Pierre, sans précision de nom de famille, en 1258. […] Les noms de famille étaient déjà de règle au XIIIe siècle, mais pas systématiquement, et apparaissent encore parfois sous la forme de surnoms. Présentons quelques-uns de ces anciens habitants : Gilon et Guillaume Leclerc, Adam Guitars, Thierry Poitevin […] ; et Simon dit Poudrier, Odon dit Frogier, Pierre dit Pichart […]. Les prénoms féminins sont souvent plus piquants : Hélisende, Ermengarde, Adine, Pétronille, Eremburge, ou la délicieuse Lijarde, mais elles cohabitaient aussi avec Jehanne, Agnès, Marie ou Isabelle.

… d’un travail universitaire sur la société du Moyen Age parisien

[…] Ici commencent à se préciser certains personnages, voituriers par eau ou par terre. Les premiers semblent être de vrais professionnels, propriétaires de leur bateau, ou en possédant même plusieurs, disposant parfois aussi d’emplacements assez vastes pour stocker les marchandises qu’ils transportent. Voici par exemple Regnault Cahourcet, qui transporte en 1418 du blé de Corbeil à Paris sur son bateau pour le compte de l’Hôtel-Dieu. Or ce blé a d’abord été entreposé dans sa maison à Corbeil. Le grain qui provient de la ferme de Mondeville se retrouve lui aussi au même endroit, dans la maison de Cahourcet, avant d’être transporté à Paris par ses soins. Plusieurs autres voituriers par eau, ainsi désignés, sortent de l’anonymat des comptes de l’Hôtel-Dieu, de l’abbaye de Saint-Denis, transportant le blé, l’avoine ou le vin de ces établissements, qui de Pontoise, de Mantes, de Meaux, de Corbeil, au fil de la Seine, de l’Oise, de la Marne. […]

 
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